Australie – Portraits de backpackers 1/3 : Rencontre avec Birdy ou quand le rêve australien s’effondre.

Chaque année, ils sont près de 210 000 à séjourner en Australie, munis du précieux visa permis vacances-travail (PVT) ou Working Holiday Visa (WHV). Celui-ci permet de travailler pendant un an sur le territoire australien. Il est renouvelable une deuxième année à condition de justifier de 88 jours travaillés dans l’outback ou le bush, c’est-à-dire les régions isolées, en zone rurale agricole. A partir de juillet prochain les backpackers pourront désormais rester jusque 3 ans dans le pays, mais seulement s’ils sont employés au moins 6 mois dans des régions rurales agricoles.

Alors que l’Australie assouplit sa politique d’immigration pour répondre à un besoin de main-d’œuvre agricole important, je suis allée à la rencontre des principaux concernés.

L’opposition au gouvernement critique le fait que la loi du travail ne protège pas les travailleurs migrants qui se retrouvent vulnérables face aux employeurs. Certains se font arnaquer, forcés d’accepter des job sous-payés voire parfois pas payés du tout. Un problème de panne de voiture et l’aventure peut virer au cauchemar. Birdy, une anglaise de 29 ans rencontrée à mon arrivée à Melbourne en a eu la mauvaise expérience.

Des cheveux auburn ondulés encadrent un visage parsemé de taches de rousseurs et éclairé par des yeux couleur huître. Souvenirs d’un précédent voyage en Asie, des tatouages marquent délicatement ses bras fins. Dans le dortoir pour filles de l’auberge de jeunesse de Melbourne, elle roule chaque vêtement méticuleusement et les range dans son sac. Birdy, prend l’avion ce soir pour Kuala Lumpur avant de rentrer en Angleterre. Soudain, elle relève la tête, plonge son regard dans le mien et m’interpelle avec gravité alors que je descends de mon lit superposé : « As-tu déjà fait l’erreur de ta vie ? ». Je la regarde avec des yeux ronds, désolée de ne pas savoir quoi répondre.

« J’ai toujours parlé de faire ce grand voyage. Je pensais que le voyage faisait partie de mon identité. J’ai même quitté mon copain pour cette raison. Maintenant il voit quelqu’un d’autre. Mes amies sont en train d’avoir des enfants ».

Comme un livre ouvert, elle se confie à moi sur ses états d’âmes. Il est 7h du matin, je suis arrivée en Australie il y a moins de 24h. J’essaie de la rassurer comme je peux avec mon vocabulaire basique en anglais. Elle a l’impression de ne pas être à la hauteur. Elle n’a pas pris les bonnes décisions, a suivi les mauvaises personnes, a dépensé toutes ses économies dans ce projet un peu fou. Elle répète sans cesse : « Mess up », « Fucked up ».

« Les gens normaux ont pour projet d’avoir des enfants, de construire une maison. Moi, j’avais ce projet de voyager en Asie, en Australie ». A son arrivée sur l’île-continent, Birdy achète une voiture qui tombe rapidement en panne et dont elle doit se séparer. Elle décide de poursuivre tout de même le voyage, bien que ses économies s’amenuisent de jour en jour. C’est en quelque sorte pour ne pas perdre la face vis-à-vis de sa famille et de ses amis. Sans le sou, elle travaille deux mois dans les fermes pour presque rien. « Il y a des fermiers qui te font travailler en plein soleil, 60 heures par semaine, pour un salaire de “bullshit”. Je n’ai pas vraiment eu de chance ».

Finalement, le rêve australien se transforme en sacerdoce pour la jeune femme. Elle me repose cette question douloureuse : « Comment puis-je me pardonner d’avoir fait, peut-être, la plus grosse erreur de ma vie en venant ici ? »

Anaïs Molé

Passionnée de voyages et d'aventures, Anaïs a quitté son travail dans l'organisation d'événements culturels à Rennes pour voyager. Curieuse, toujours en quête de rencontres et de découvertes, elle aime capturer l'atmosphère de ses voyages à travers l'écriture.